Dans l'épaisseur d'un plan

Extraits d’un texte de Patrice Loraux

Comme si deux démarches étaient en concurrence qui à leur point de contact produisaient l’œuvre : faire du fond en recouvrant les surfaces — c’est à dire très exactement peindre — et agencer des morceaux de documents venus d’ailleurs, plus précisément d’un temps antérieur, des vestiges arrachés aux épaisseurs anciennes, mis à plat, déchirés, ou plutôt dépecés convenablement pour faire surgir des segments de récit graphique, des réseaux de lignes qui font récit par entrecroisements, ondulations, méandres ou nœux.

A la jonction donc du peint et du collé, une fine armature de peinture à peine pressentie, tient l’ensemble, fermement.

Le raccordement des pièces et prélèvement est précis dans un ajustement malgré tout vibrant. Encore faut-il avoir bien déchiré, bien découpé pour que le récit abstrait des motifs partiels soit adéquatement cadré.[...]

Et cependant les pièces collées, s’enjambent en même temps qu’elles sont sous la menace d’un recouvrement partiel de peinture.[...]

Le drame sans éclat est bien là, c’est celui d’une lutte entre la tentation de l’entière peinture qui pourrait tout envahir en submergeant l’ensemble et l’exigence de préserver les agencements de ces bouts de texture qui ne racontent plus qu’un peu de récit graphique.

Cette bataille se déploie dans l’épaisseur d’un plan.